Chapitre II LES FOURS INDUSTRIELS
Introductio
Un four est un
outil utilisé pour élever la température d'un produit. Il peut être soit :
- un
équipement destiné uniquement au réchauffage (exemple: réchauffage de l'acier
avant déformation plastique, réchauffage de pétrole brut avant distillation)
- un véritable
réacteur dans lequel on élabore les produits (exemple: four de cimenterie, four
de fusion de verre, four de vapocraquage de la pétrochimie).
II.1 Classification
Toute
classification est arbitraire, elle est toutefois utile dans la mesure où elle
permet de retrouver des caractéristiques communes à des équipements. Nous
proposons ici deux classifications, en fonction:
- de la
manutention du produit : four continu ou discontinu
- du procédé de chauffage : direct ou indirect.
II.1.1
Fours continu et discontinu
Dans un four continu, le produit à chauffer entre à une des extrémités
et en ressort à l'autre. Dans un four discontinu, le produit à chauffer est
immobile dans le four ; il est chargé et déchargé (enfourné et défourné). Dans
un four continu, un point du four sera toujours (ou à peu près) à la même
température; dans un four discontinu la température en un point donné du four
évoluera en fonction du cycle de chauffage que l'on veut faire subir au
produit.
II.1.2 Fours à chauffage direct et indirect
Dans le chauffage direct, il y a contact entre
les gaz issus de la combustion et les produits à chauffer (figure 1).Une partie
du transfert de chaleur s'effectuant par convection provoque des phénomènes à
la surface du produit.
Figure
II.1. Four continu à chauffage direct
Pour le chauffage indirect, l'interaction entre les gaz de combustion et
les parois n'existe plus. Par contre, il s'introduit une résistance
supplémentaire au transfert de chaleur qui ne doit se faire par conduction au
travers de la paroi protectrice, puis par rayonnement et éventuellement
convection vers la charge.

Figure
II.2. Four continu à chauffage indirect
II.1.3 Autres
fours
On peut
classer les fours en fonction en fonction de l'énergie utilisée. Le type
d'énergie disponible et utilisé a, en effet, un impact important sur la
conception, l'utilisation et l'exploitation des fours. On trouvera dans le
domaine des fours industriels, avec plus ou moins d'importance les fours
électriques (à arc, à induction, à électrodes submergés, à effet joule, etc.),
les fours à combustible (gaz, liquide et solide).

Figure
II.2. Four à arc électrique
II.2 Transfert de chaleur dans les fours
La finalité
d'un four est le transfert de l'énergie à une charge (produits) pour en élever
la température. Ce transfert se fera par les trois modes de transfert de
chaleur (rayonnement, convection et conduction), la plus part du temps
simultanément mais dans des proportions très variables.
II.2.1 Fours à
haute température
Ce sont les
fours de sidérurgie, de verrerie, de cimenterie. La température que l'on veut
obtenir sur le produit dépasse, et parfois nettement 1200°C. Le transfert de
chaleur s'y fait essentiellement par rayonnement de la flamme et des gaz issus
de la combustion. La convection jouera dans ces fours un rôle secondaire pour
ce qui concerne la quantité de chaleur transférée, mais aura, dans un certain
nombre de cas, un impact non négligeable sur l'égalisation des températures.
L'expression générale du transfert de chaleur par rayonnement s'écrit:

II.2.2 Fours à
moyenne et basse température
Ce sont, en
particulier les fours de traitement thermique de métallurgie, les fours de
revêtement de surface et les fours pour les métaux non ferreux. La température
que l'on veut obtenir sur le produit dépasse rarement 700°C, et est parfois
sensiblement inférieure. C'est également le cas des zones de convection des
fours de l'industrie du pétrole et de la chimie. Le transfert de chaleur s'y
fait essentiellement par convection de gaz transparents. La loi fondamentale du
transfert de chaleur est la loi de newton.

II.2.3 Rôle de
la conduction
Pour les
produits de grandes dimensions et/ou de faible conductivité thermique, la
conduction est même assez souvent le mode déterminant dans la mesure où c'est
le transfert de chaleur à l'intérieur de la charge qui limite la vitesse de
chauffage et détermine le temps de séjour dans le four. La conduction joue
aussi un rôle important pour les parois des fours, puisque c'est elle qui
conditionne, en partie les pertes thermiques du four et son rendement.

En régime
permanent

II.3 Rôle de
l'atmosphère et de la pression dans le four
II.3.1
Contrôle de la pression
La pression
dans le four est un paramètre d'exploitation important qu'il faut suivre avec
attention. En effet, un contrôle déficient de la pression peut entraîner des
difficultés importantes:
-
détérioration de la qualité de chauffage dans les fours à chauffage direct;
- augmentation de la consommation spécifique et
diminution du rendement;
- dégradation des parois en cas d'excès de pression.
II.3.2 Entrées
d'air
Il s'agit de
l'air ambiant qui pénètre dans l'enceinte du four par d'autres entrées que
celle prévues au niveau des brûleurs. Cet air non contrôlé diminue le rendement
de combustion, il refroidie les produits, il engorge le circuit d'extraction
des fumées, il modifie l'atmosphère gazeuse du four, etc. ce sont évidemment
les fours qui fonctionnent en dépression qui sont les plus sensibles à ces
entrées d'air.
II.3.3 Interaction entre l'atmosphère et les
produits à chauffer
Les gaz
présents dans les produits d'une combustion avec excès d'air (O2, CO2,
H2O) ont toujours, à haute température, une action sur les produits
ou les constituants du four. Ces effets, l'oxydation et la carburation peuvent,
dans certains cas, être inacceptables et l'on pourra être amené à rechercher
une combustion avec défaut d'air, soit à utiliser un gaz d'atmosphère, élaboré par ailleurs que l'on mettra en contact
avec les produits.
II.4 Isolation des fours
Les matériaux
isolants et réfractaires disposés en plusieurs couches à l'intérieur de l'enceinte de l'enveloppe du
four ont pour but de limiter les déperditions thermiques et de protéger
l'espace environnant et le personnel d'exploitation.
Quel que soit
la forme physique sous laquelle se présente le matériau réfractaire, sa tenue à
la température dépend principalement de sa composition chimique. Les matériaux
réfractaires les plus usuels sont obtenus à partir d'argiles silico-alumineuses
et leur résistance à la température est fonction de leur teneur en alumine (Al2O3).
Les
réfractaires ne sont pas inertes par rapport à ce qui se passe dans le four et
le choix des réfractaires qui se trouvent en contact avec les fumées, la flamme
ou la charge est fortement conditionné par les caractéristiques de ces
derniers. Le tableau 1 donne les résistances pyroscopiques de quelques briques
réfractaires
Tableau 1. Résistance pyroscopique des matériaux
réfractaires
|
Al2O3 + TiO2
%
|
Résistance pyroscopique
°C
|
|
< 20
|
1520
|
|
20 / 25
|
1580
|
|
25 / 30
|
1650
|
|
30 / 35
|
1670
|
|
35 / 40
|
1690
|
|
40 /42
|
1710
|
|
42 /45
|
1730
|
II.5 Bilan Energétique et
rendement du Four
Quel que soit le four, l'objectif est de fournir aux produits une
quantité de chaleur utile Qu. Le bilan énergétique s’écrit :
Qp étant les
diverses pertes thermiques:
- les
pertes par les fumées
- les
pertes par les parois
- les
pertes par les ouvertures du four
-
l'énergie nécessaire au réchauffage des parois
Le rendement η
d'un four est le rapport de l'énergie utile Qu à l'énergie Q qu'il faut fournir
au four sous forme de combustible ou d'électricité.

II.5.1 Consommation spécifique d’énergie
Les rendements
précédents sont utilisés pour déterminer les performances d'une installation
dans des conditions bien définies. Les conditions d'exploitation industrielle
sont variables:
- le four
n'est pas utilisé en permanence à sa production maximale;
- certaines
installations fonctionnent d'une façon discontinue.
On utilise
alors la notion de consommation spécifique CSE qui est le rapport
de l'énergie totale utilisée pendant une période donnée (par exemple un mois) à
la quantité de produit chauffé ou traité durant la même période:

II.6 Equipements annexes
Les fours
comportent un certain nombre d'équipements annexes : cheminées, ventilateurs,
tuyauteries, etc. parmi ceux-ci, les systèmes de récupération de chaleur
(figure II.3) jouent un rôle important du point de vue énergétique. Les fumées
quittent le four à une température qui peut être encore relativement élevée. Il
est donc intéressant, pour limiter les consommations énergétiques, de récupérer
l'énergie thermique contenue dans les fumées avant leur sortie à l'atmosphère.
Cette récupération de chaleur se fait dans des équipements annexes implantés
dans le circuit de fumées qui permettent soit:
·
de préchauffer l'air de combustion
·
de réchauffer un fluide (vapeur, eau chaude ou fluide caloporteur)
La chaleur
ainsi récupérée peut se situer entre 5 et 20% de l'énergie initialement
contenue dans le combustible.
Figure
II.3 Récupérateur de chaleur
II.
7. Procédé et aspect énergético-environnemental des fours industriels
II.7.1 Cimenterie
La cuisson est le processus de transformation de la farine crue en
clinker, par un apport thermique suffisant, pour obtenir des réactions
chimiques complètes (clinkérisation) conduisant à la formation des principaux
composés de ce semi-produit. Le procède de cuisson (figure II.4)
comporte un préchauffeur à cyclones, un four rotatif et un refroidisseur à grilles.
Le
préchauffage de la farine crue d'une humidité de 8 à 9%, ayant un
refus au tamis de 90 mm
(de l’ordre de 12 à 14%), s’effectue dans la partie supérieure du préchauffeur à cyclones. La
décarbonatation a lieu dans la partie basse du préchauffeur et la partie amont
du four rotatif. La clinkérisation se fait toujours dans la partie aval du four
rotatif. Les gaz chauds sont produits dans le four par combustion du gaz
naturel. Des ventilateurs situés après le préchauffeur et le refroidisseur
aspirent les gaz à travers ces installations. Après passage dans le
préchauffeur, la farine progresse vers l’aval sous l’effet de la rotation et la
pente du four (3.5%). Au fur et à mesure de son acheminement, la matière
s’échauffe jusqu'à clinkérisation vers 1400 à 1500°C. A la sortie du four,
le clinker tombe dans un refroidisseur où se produisent les échanges thermiques
permettant une récupération de chaleur et son
refroidissement jusqu'à une température de 80 à 100 °C, pour le transporter
et le broyer.

Figure
II.4. Ligne de cuisson par voie sèche

Figure II.5.
Four Rotatif de cimenterie
Figure II.6. Bilan énergétique de la cuisson du clinker
Tableau 1 : Facteur d'émissions gazeuses (kg/t ciment)
|
Emission
|
Combustion gaz naturel
|
Calcination matière
|
|
|
|
CO2
|
500
|
300
|
|
|
CO
|
1,3.10-6
|
-
|
|
|
NOx
|
1,9
|
-
|
|
II.7.2
Fonderie
Le cubilot est
un appareil simple constitué principalement d'une virole cylindrique garnie de
réfractaire (figure II.7). On introduit:
- par le
gueulard sous forme de charges alternées: les matières métalliques à fondre, le
coke, le fondant;
- par les
tuyères : l'air, éventuellement de l'oxygène.
On en retire:
- par les
orifices prévus dans le creuset: la fonte, le laitier
- par la
cheminée: les fumées
Le carbone du
coke brûle au contact de l'oxygène au contact de l'air, introduit par les
tuyères, en produisant de l'énergie thermique qui élève la température des gaz
formés par la combustion.

Figure
II.7. Fusion de la fonte au cubilot
Tableau 2. Bilan thermique d'un cubilot
|
|
Energie thermique
fournie (%)
|
Energie thermique
utile ou perdue (%)
|
|
Coke
|
98
|
|
|
Oxydation
des métaux (Fe, Si, Mn,..)
|
2
|
|
|
Enthalpie
de la fonte
|
|
39
|
|
Chaleur
des fumées
|
|
50
|
|
Laitier
et parois
|
|
11
|
|
Total
|
100
|
100
|
Tableau 3.
Facteurs d'émissions gazeuses et particulaires
|
Polluant
|
Emissions
(mg/Nm3)
|
|
CO
|
20 - 1000
|
|
SO2
|
100 - 400
|
|
NOx
|
20
- 70
|
|
COV
|
10-
20
|
|
Poussières
|
5
- 20
|
|
Dioxines
|
≤
0.1 mg / Nm3
|
II.7.3
Raffinage et Pétrochimie
Dans la plus
part des installations de raffinerie ou de pétrochimie, l’apport de calories
nécessaires au procédé mis en œuvre se fait par l’intermédiaire des fours
tubulaires (figure 8)
Figure II.8. Fours de
Raffinage et de Pétrochimie
|
Polluants
|
Facteur
d’émission
kg/t
pétrole brut
|
Sources
d’émissions
|
|
CO2
|
20 –
820
|
Chaudières,
torchères, combustion, turbines à gaz, incinérateurs
|
|
CO
|
0 –
0,08
|
|
Nox
|
0,06 –
0,7
|
Chaudières,
combustion
|
|
Sox
|
0,03 –
0,6
|
Combustion et procédés de désulfuration
|
Tableau 4. Facteurs d’émissions gazeuses et
particulaires
·
Four de rebouillage
pour la stabilisation du brut
Une partie de l’huile en fond de la colonne de stabilisation alimente le
rebouilleur grâce aux pompes de recirculation. Le
rebouilleur est un four à tirage naturel à quatre passes (figure II.2). L’huile
alimentant le four entre dans la section de convection et s’écoule à
contre-courant des fumées de combustion du Gaz Fuel provenant de la section de
radiation. La section de convection comprend 3 rangées de 8 tubes nus et 5
rangées de 8 tubes ailettes. Le fluide entre ensuite dans la section de
radiation où il est vaporisé en partie.


II.8 Gestion de l’énergie des fours industriels
Lorsque l’on
parle de la gestion de l’énergie, on parle en fait de différentes façons
d’utiliser rationnellement l’énergie pour réduire les couts d’exploitation. Les
possibilités de gestion de l’énergie se divisent en 2 catégories :
v
Possibilités de maintenance
Les
possibilités de maintenance sont des initiatives d’économie d’énergie exécutées
périodiquement
§ Réglages appropriés du bruleur
§ Vérification de l’excès d’air et les
corps combustibles dans les gaz de combustion
§ Nettoyage des surfaces de
l’échangeur de chaleur
§ Remplacement ou réparation
d’isolants manquants ou endommagés
§ Remise en place des portes ou des
couvercles
§ Vérification périodique de la pression du four
§ Planification de la production
pour maintenir le rendement des fours
v
Possibilités de rénovation
Les projets de
rénovation sont des initiatives de gestion de l’énergie réalisées une seule
fois et dont le cout est important
§ Installation d’un échangeur de
chaleur dans la sortie des gaz de combustion
§ Nouvelle isolation de l’enceinte
du four
§ Remplacement de l’ensemble du
bruleur
§ Installation d’un nouveau système
de régulation
II.8.1 Régulateurs de bruleurs
Une bonne installation assure la combustion efficace du combustible en
maintenant la quantité minimale d’excès d’air
sans présence importante de corps combustibles dans les gaz de
combustion. Une bonne régulation du rapport combustible-air des fours à
combustible minimise les pertes dans les gaz de combustion. Pour obtenir un bon
rapport, il suffit d’installer une vanne d’alimentation et des registres d’air
comburant asservies à un régulateur commun.
Si l’accouplement de réglage est mécanique, les positions relatives de
la vanne d’alimentation en combustible et des registres d’air peuvent être
modifiées à l’aide d’une biellette réglable.
S’il s’agit d’un système pneumatique ou électronique, on peut régler le
rapport combustible-air à distance à partir du panneau de commande du four.
Dans nos jours, le système de régulation est plutôt électronique que
pneumatique ou mécanique, on prévoit l’installation d’un système commandé par
microprocesseur.